Covid-19 : des pasteurs réclament des cultes réduits avec masques

Covid-19 : des pasteurs réclament des cultes réduits avec masques

30 avril 2020 0 Par Rédaction

Plus d’un mois et trois semaines depuis que les mesures d’urgence sanitaires sont recommandées sur toute l’étendue de la République démocratique du Congo.

Les pasteurs estiment que l’interdiction des cultes religieux peut être levée progressivement. Ces bergers préconisent des cultes réduits avec masques et gestes  barrières afin d’implorer la miséricorde de Dieu sur la RD Congo, frappée de plein fouet par le Coronavirus.

La République démocratique du Congo (RDC), comme d’autres pays du monde, est frappée par le COVID-19. Le tout premier cas a été déclaré le 10 mars 2020. Ce qui était à craindre était ainsi arrivé. Le Chef de l’État a été contraint d’annoncer, quelques jours après, des mesures d’urgence sanitaires pour contrer cette pandémie planétaire.

La population a cru la vie s’arrêter à travers cette série de mesures interdisant les activités collectives.

Le confinement, la  suspension des vols nationaux et internationaux, la distanciation sociale, la suspension des cultes religieux, la fermeture des établissements scolaires et universitaires écoles ont les Congolais devant un fait accompli. Ils sont obligés de rester à la maison des mois durant. Un nouveau mode de vie impromptu.

Si les vendeurs et commerçants, les joueurs et fonctionnaires ont des larmes qui ne sèchent pas à cause de ce modus vivendi, les pasteurs sont les plus consternés.

Habitués à prier, partager, évangéliser et accompagner spirituellement leurs ouailles, les serviteurs de Dieu et responsables des églises sont casés chez eux, tels des orphelins abandonnés à leur triste sort. La douleur qui les accable, la soif qui les hante de communier avec leurs fidèles, sont lisibles sur leurs visages. 

Un engagement

« Malheur à moi si je n’annonce pas la parole, voilà le serment que nous avons fait devant Dieu et les hommes », se désole  pasteur Grégoire Mutinga, responsable du Tabernacle colonne de feu dans la commune de Ngaliema. Pour lui, l’annonce de l’Évangile est un impératif quotidien.

Pendant ce temps, les plus avisés ont inondé les réseaux sociaux. Ici, ils prêchent et exhortent leurs adeptes à tenir ferme endéans ce temps dur que traverse le monde entier. Et même alors, tous les croyants n’ont pas accès à ces enseignements, parce que certains n’ayant pas  des téléphones androïdes.

La terrible crise, que traverse le pays depuis la nuit des temps, a privé un bon nombre de Congolais des moyens pour se procurer les avantages des nouvelles technologies de l’Information et de la communication (NTIC).

Bergers éloignés des brebis

Les pasteurs les plus entreprenants distillent leurs prédications sur des chaînes YouTube. Ici, il faut posséder des mégas pour télécharger les vidéos. Ajouter à cette disette, le confinement.

« Je ne bouge pas, ce qui fait que je ne sais pas me connecter pour être à la coule », regrette Winny Makiadi, étudiante à l’Institut supérieur des arts et des métiers (ISAM) de Kinshasa.

C’est l’interdiction des cultes religieux qui inquiète plus d’un.

« C’est pour la toute première fois que je rate de célébrer, le dimanche, la messe  des rameaux et la passion de notre Seigneur Jésus, depuis que je suis venu au monde », s’attriste Serge Kabemba, catholique congénital. La main sur la joue, ce consommateur quotidien du corps du Christ (communion) est inconsolable face aux conséquences incalculables provoquées par le Coronavirus.

Les chrétiens catholiques,  habitués à communier chaque jour, ne le feront que par désir. Voilà qui a poussé Abbé Blaise Kanda, vicaire épiscopal chargé du clergé du diocèse de Mbuji-Mayi, en même temps curé doyen de la très célèbre paroisse universitaire Notre Dame de l’Espérance (PUNDE), a sollicité  la reprise des cultes sous format réduit, avec des masques, les gestes barrières et la distanciation, même de 5 mètres.

Les autres mesures d’urgence sanitaires doivent être observées scrupuleusement pour riposter contre la pandémie de  COVID-19. Il pense qu’il est temps que les chrétiens reprennent graduellement le chemin de l’église pour implorer la miséricorde divine contre l’ennemi commun mondial qui a mis fin à l’arrogance humaine et la toute-puissance des nations.

« Nous sommes prêts, même si la distanciation peut être de 10 mètres, pourvu que l’Évangile soit annoncé », propose-t-il, d’un sourire fraternel. C’est l’avis que partagent la majorité des pasteurs interrogés quant à ce.

Infatigable

L’Abbé Blaise est ce prêtre qui dit, dans son diocèse, la messe la plus longue de la planète terre. Sa paroisse, située en face de la résidence de l’évêque de Mbuji-Mayi, Emmanuel-Bernard Kasanda, accueille les cadres et intellectuels venant de moult horizons de la ville.

La PUNDE a une seule messe, le dimanche, qui débute à 9h30 pour se terminer à 17h00″, certifie Hélène Mudiangomba, l’une des ouailles les plus assidues. Ici, la prédication dure plus de 5 heures, sous des applaudissements frénétiques des fidèles qui ne se lassent guère de la durée de cette célébration eucharistique.

Quelques conseillers à la présidence de la République, contactés au sujet de la demande formulée par l’Abbé Blaise, ont promis d’en faire part au Chef de l’État.

Les jours qui viennent, cette proposition peut faire l’objet des discussions au cours d’un des Conseils des ministres.

« La demande de ce prêtre vaut son pesant d’or, étant donné que les Congolais savent désormais observer les mesures d’urgence sanitaires pour se protéger contre le COVID-19 », apprécie un des conseillers principaux à la Primature.

Quelques pasteurs de Kinshasa,  contactés au sujet de cette requête,  n’ont pas caché leur adhésion. Mais, certains estiment qu’il faut formaliser cela dans une lettre au Chef de l’État.

Reste à savoir quelle structure donnera corps à cette démarche. D’autres préconisent que l’initiateur de la demande enclenche le processus diligemment, à travers une correspondance commune signée par les responsables de principales confessions religieuses reconnues par l’État congolais.

« Des cultes réduits avec masques et gestes barrières  sont possibles », conclut un pasteur pentecôtiste.

« Si vous avez bâti des châteaux en imagination, votre oeuvre n’a pas à se trouver perdue. C’est là qu’elle devrait être. Maintenant, posez les fondations là-dessus », conseille Véronique Bulela, une fidèle catholique de la paroisse Sainte Anne à Kinshasa, dans la commune de la Gombe.

Bajika Ndeba