Kinshasa : doit-on encadrer les obsèques ?

Kinshasa : doit-on encadrer les obsèques ?

5 mai 2020 0 Par Rédaction

Les veillées mortuaires, telles qu’elles se pratiquent à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, ne sont pas imposées.

À l’origine, elles font partie de nos traditions ancestrales. Mais, aujourd’hui, elles subissent un effet de mode tourné vers un exhibitionnisme qui s’est ancré au fil des années, à la faveur de l’apparition des morgues pouvant conserver les corps pendant de longues périodes.

Je dirais également que l’influence des séries télévisées ouest-africaines n’est pas négligeable.

En réalité, rien n’interdit à qui que ce soit d’organiser de simples funérailles sans tous les tralala auxquels on assiste aujourd’hui.

Une responsabilité individuelle et une liberté de choix

C’est pourquoi, à mon avis, on n’a pas besoin de recourir à la loi ou à des mesures correctives pour imposer un modus concernant l’organisation des obsèques.

Il s’agit d’une responsabilité individuelle autant que d’une liberté de choix. On peut inciter les gens à la modération dans l’organisation des funérailles par d’autres moyens.

Par exemple, en recourant à une campagne médiatique ou éducative, et en faisant appliquer en même temps la loi sur les nuisances sonores pour prévenir les troubles du voisinage.

Cela dit, si une personne veut acheter un cercueil à 20.000 USD et inviter les gens à boire et à manger en l’honneur du défunt pendant deux jours, c’est son droit et son choix.

Il est vrai que certaines familles s’endettent pour organiser des obsèques onéreuses. Et, cela vire parfois à des situations dramatiques.

Impliquer tout le corps social

Pour éviter cela, il faudrait plutôt impliquer tout le corps social dans un travail visant à modifier ces comportements dans lesquels beaucoup se trouvent emprisonnés par crainte du regard réprobateur de la société s’ils sont dans l’incapacité d’enterrer « dignement » (c’est à dire de manière ostensiblement dispendieuse) leurs proches.

Ainsi, les églises, les communautés coutumières, les associations etc. pourraient être associées à une campagne pour un retour à nos valeurs traditionnelles et à l’arrêt de la surenchère concurrentielle.

Point n’est besoin d’une loi ou de mesures administratives pour cela. C’est un domaine qui concerne la liberté de chacun autant que l’ordre public.

Il faut parvenir à une juste mesure.
Car, après tout, honorer nos morts fait partie de nos valeurs ancestrales.

Mon domicile parisien se trouve près d’un cimetière. Il m’est arrivé quelques fois d’observer les enterrements et j’ai souvent été choqué de voir des personnes mises en terre en présence de trois ou quatre proches seulement.

Comme si ces personnes n’avaient pas de famille ni d’amis.

Affection et reconnaissance

Accompagner quelqu’un en sa dernière demeure a toujours été chez-nous une occasion de lui témoigner notre affection pour les uns, et notre reconnaissance pour le autres.

Il serait dommageable à notre culture de briser cette confraternité africaine.

Mais, par contre, agissons pour qu’elle ne soit pas dévoyée par le matérialisme ambiant et qu’elle ne donne pas lieu à des troubles de l’ordre public.

Par Me Charles Kabuya