RDC : une agence parallèle contre la corruption en gestation à l’Assemblée nationale

RDC : une agence parallèle contre la corruption en gestation à l’Assemblée nationale

16 mai 2020 0 Par Rédaction

Une proposition de loi organique portant création, organisation et fonctionnement de l’Agence nationale de lutte contre la corruption a été déclarée recevable, jeudi 14 mai 2020, par l’Assemblée nationale, ignorant celle mise en place par le président Félix Antoine Tshisekedi, le 17 mars 2020.

Désormais, la République démocratique du Congo sera dotée de deux agences de lutte contre la corruption, l’une rattachée à la présidence de la République et, l’autre, aux deux Chambres du parlement.

L’Agence de prévention et de lutte contre la corruption (APLC), créée le 17 mars 2020 par ordonnance présidentielle, voit sa sœur jumelle naître, presque deux mois après sa mise en place par le président de la République.

L’Agence nationale de lutte contre la corruption (ANLCC), initiée par l’Assemblée nationale, sera rattachée au Parlement, ignorant ainsi celle rattachée à la présidence de la République.

À la plénière de jeudi 14 mai 2020 à l’Assemblée nationale, la proposition de loi du députée Thomas Lokondo, portant création d’une Agence nationale de lutte contre la corruption, a été envoyée à la Commission PAJ (politique, administrative et juridique) pour examen approfondi.

La commission a 7 jours pour approfondir la réflexion sur base de la proposition initiale. Avec ses 68 articles, ce texte a provoqué un débat faisant intervenir au moins 18 députés.

Pour son auteur Henri-Thomas Lokondo, « cette agence d’appui à la démocratie est nécessaire afin d’aider le travail des cours et tribunaux dans la prévention et la répression des cas de corruption en RDC« .

« Les cours et tribunaux sont un peu dépassés par le phénomène de la corruption. Pour que l’agence soit autonome et indépendante, il faut une loi. Avec des gens compétents, responsables, qui ont une probité morale irréprochable, on peut attaquer la pandémie de la corruption », a argué le député Lokondo.

Cacophonie

Pourquoi toute cette cacophonie au sein des institutions de la République et pourquoi deux structures étatiques de même nature dans un même pays ?

Quels sont les vrais mobiles des parlementaires en créant cette loi, sachant que c’est le président de la République qui promulgue les lois en RDC ? Quelle est l’urgence ou l’opportunité de créer cette agence parallèle ?

Toutes ces questions nécessitent des réponses pour éclairer les grands électeurs qui ont donné mandat à ces députés de parler en leur nom.

Pour certains analystes, la création de cette agence parallèle à celle de la présidence de la République est inopportune. « C’est une structure de trop dans la mesure où une autre existe déjà et pour la même cause », commente un juriste.

D’autres considèrent qu’il s’agit d’un « bras de fer » engagé contre le président de la République.

« Il faudrait absolument que le président de la République, Félix Antoine Tshisekedi, mette fin par la dissolution de ce parlement à cette tragi-comédie qui sape son autorité. Cette cacophonie ne pourra plus durer durant ce quinquennat », a estimé Me David Beylard, analyste politique.

Selon le dernier rapport sur l’indice de la perception de la corruption (IPC) dans le monde, la RDC obtient un score de 18/100.

Le Congo-Kinshasa est classé 168ème sur 180 pays dans ce ranking établi par Transparency international.

Par Stanislas Ntambwe