Réouverture des frontières hors Europe : un casse-tête pour la diaspora africaine

Réouverture des frontières hors Europe : un casse-tête pour la diaspora africaine

31 mai 2020 0 Par Rédaction

Le Premier ministre français, Édouard Philippe, a annoncé, jeudi 28 mai 2020, que la France était « favorable » à la réouverture des frontières intérieures de l’Europe, et qu’une décision serait prise collectivement à compter du 15 juin concernant ses frontières extérieures. Des mesures qui intéressent notamment la diaspora africaine établie en France.

Lors de la présentation de la deuxième phase du déconfinement, jeudi dernier, le Premier ministre, Édouard Philippe, a affiché sa volonté de permettre aux Français de voyager hors des frontières hexagonales cet été. Mais cette réouverture doit être décidée à l’échelle européenne.

« Ça n’a pas de sens de le faire pays européen par pays européen, il faut le faire collectivement et appliquer cette règle collectivement. Cette coordination européenne doit déboucher sur une décision le 15 juin », a précisé le Premier ministre.

Pour l’heure donc et jusqu’à cette date, les déplacements hors du pays doivent rester une exception, la France n’interdisant pas à ses ressortissants d’entrer ou sortir du territoire national. Les travailleurs frontaliers, les transporteurs de marchandises, les soignants ainsi que les « regroupements familiaux » font partie des exceptions en vigueur.

« Nous prenons nos décisions à notre rythme et nous avons considéré que le bon moment pour qu’on puisse accéder à notre territoire national, ce sera le 15 juin », a insisté Édouard Philippe.

Par ailleurs, comme a prévenu le Premier ministre, « nous appliquerons des mesures de réciprocité avec des États européens qui décideraient de fermer leurs frontières et d’imposer des quatorzaines aux Français ».

AUTRES PAYS EUROPÉENS

Comme le souhaitent la Commission européenne et plusieurs pays de l’espace Schengen, une ouverture coordonnée des frontières intra-européennes est privilégiée avec des règles communes qui restent à préciser.

A l’instar de la France, l’Autriche et l’Allemagne prévoient ainsi de rétablir, à partir du 15 juin, la libre circulation à leur frontière commune.

« Nous souhaitons que la circulation entre la France et l’Allemagne puisse revenir totalement à la normale », a souligné le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, lors de son audition avec son homologue Hors Seehofer, par l’Assemblée parlementaire franco-allemande, jeudi 28 mai.

Si la coordination semble actée en théorie, plusieurs pays ont déjà pris leurs propres initiatives. L’Andorre rouvrira ses frontières dès ce lundi, côté espagnol et français. Un accord a été négocié avec le gouvernement français pour permettre les déplacements. L’Italie doit suivre dès le 3 juin, avec abolition de la quarantaine obligatoire pour les visiteurs étrangers. L’Espagne pourrait accueillir les touristes allemands, français et scandinaves dès la mi-juin. Et la Grèce, bien que pour une reprise coordonnée des déplacements en Europe, prévoit une réouverture de ses frontières aux touristes plus tardive, à partir du mois de juillet.

D’autres pays, comme la République tchèque, un accueil au cas par cas est envisagé, avec refus possible de l’accès aux ressortissants de pays où le nombre de contaminations est jugé trop élevé.

Ces différentes déclarations vont dans le sens d’un appel franco-allemand pour une réouverture le plus vite possible des frontières, lancé mardi dernier par le président de l’Assemblée nationale française et son homologue allemand.

« La France et l’Allemagne doivent œuvrer en faveur du rétablissement immédiat de la libre circulation au sein de l’espace Schengen lorsque les conditions seront remplies », soulignaient Richard Ferrand et Wolfgang Schäuble dans une déclaration commune.

AFRIQUE : LA PRUDENCE S’IMPOSE

Ces annonces sont suivies de très près par les membres de la communauté africaine établie en France. Le pays compte une forte diaspora d’origine africaine qui se trouve, à ce stade du déconfinement, exclue des mesures prises concernant la réouverture des frontières. Un vrai casse-tête, car les projets de voyages sont compromis à cause de cette pandémie.

Selon certaines sources, on peut croire à une réouverture complète de l’espace Schengen au 15 juin, puis une réouverture progressive concernant certains pays hors-UE : des pays qui ne posent pas de problème sanitaire ou qui ont des situations sanitaires très proches de l’Europe où l’épidémie s’écroule. Ce, probablement début juillet.

De quoi va dépendre la décision concernant l’Afrique, quand on sait que c’est le continent qui fait preuve, pour le moment, d’une étonnante résilience, et que les Africains ont été jusqu’ici épargnés de l’apocalypse prophétisée dans tous les médias occidentaux ? Quel serait l’intérêt d’une reprise précipitée des vols commerciaux entre l’Europe et l’Afrique, sachant que le vieux continent est durement frappé par la Covid-19, et elle y est encore présente ?

Les pays africains ont réussi avec peu de moyens à contenir la propagation de ce virus sur leurs territoires. Accepter précocement la reprise des vols commerciaux vers l’Afrique – on ne le dira jamais assez -, c’est exposer dangereusement les populations.

Les dirigeants africains doivent s’y opposer : le commerce ne doit pas primer sur l’obligation pour les États de protéger leurs populations contre un virus importé, tant qu’un remède ou encore un mode de dépistage fiable et rapide n’auront pas été trouvés contre la Covid-19.

Il sied d’attendre peut-être que le résultat de l’évaluation du taux d’infection de la Covid-19 sur les vols courts et moyens courriers dans les pays de l’Union européenne soit connu, avant que les dirigeants africains accordent leur aval à la réouverture des frontières aériennes dans leurs pays respectifs. La prudence s’impose.

Aux chefs d’État africains de veiller pour ne pas hypothéquer les acquis dans la lutte contre la Covid-19. Les sacrifices consentis par les populations sont énormes. Elles ne méritent donc pas de vivre leurs inconséquences.

Robert Kongo, correspondant en France