Procès de 100 jours : La boite de Pandore s’endort

Procès de 100 jours : La boite de Pandore s’endort

12 juin 2020 0 Par Rédaction

Les téléspectateurs qui ont suivi le procès légendaire de trois prévenus accusés de détournement des fonds destinés aux travaux de 100 jours n’ont pas connu la « vraie vérité » comme annoncé tambour battant. Pourtant, un des prévenus avait demandé et obtenu la retransmission en direct du procès pour éventrer le boa.

Le procès lié aux travaux d’urgence de 100 jours du Chef de l’État, qualifié par certains analystes du « siècle », est arrivé ce jeudi 11 juin à sa fin. En attendant le jugement le 20 juin, l’étape de plaidoiries a encore mobilisé les téléspectateurs durant 11 heures devant leurs petits écrans. Il est appelé du ‘siècle », au regard de la notoriété des prévenus, mais aussi de ses enjeux et dangers.

Le procès a été retransmis à la Radiotélévision nationale congolaise (RTNC) et sur Top Congo FM, à la demande de l’un des accusés, Vital Kamerhe, directeur de cabinet du Chef de l’État. « Je souhaite ardemment que toutes les étapes de ce procès passent en direct pour permettre aux Congolais et au monde entier de connaitre la vérité« , insistait Kamerhe, président national du parti politique Union pour la nation congolaise (UNC). Et un membre de son parti de paraphraser : » Nous allons ouvrir la boite de Pandore, le monde connaitra la vérité « .

Depuis lors, tout le monde retenait son souffle, ne sachant qui sera cité comme voleur au cours de ce procès. Beaucoup avaient le froid dans le dos, craignant que le nom de Félix Tshisekedi soit cité, étant donné que son directeur de cabinet affirme tout faire au nom de son Chef.

C’est d’ailleurs l’une des raisons qui ont poussé la majorité de téléspectateurs à suivre religieusement toutes les audiences, des journées entières, sans repos. Si le tribunal, la partie civile, le Ministère public et les parties prévenues ont bravé la fatigue, le courage des téléspectateurs ne l’est pas beaucoup moins.

Ça va se savoir

 » Tout le monde saura la vérité  » est la phrase qui faisait peur, surtout aux admirateurs de « Fatshi« . « Je n’aime pas quand Kamerhe cite le nom de Tshisekedi dans chacune de ses interventions « , protestait Yvonne Mubambare, cadre de l’Union pour la démocratie et le progrès social (Udps).

Le procès a eu quatre audiences et un cinquième jour des plaidoiries. Endéans tous ces jours, les prévenus Jammal Sammy, Jeannot Muhima et Vital Kamerhe, assistés par leurs avocats, ont clamé leur innocence, alors que le Ministère public et la partie civile leur reprochent le détournement des deniers publics, blanchiment des capitaux pour les uns et corruption pour les autres.

Les témoins sont passés. Parmi eux, des neutres et à charge. Pour une fois dans l’histoire du pays, des ministres, députés et général de la garde républicaine ont été invités à témoigner et ont attendu plus de 12 heures avant de répondre aux préoccupations.

Les analystes reprochent au directeur du cabinet du Chef de l’État d’avoir tout fait pour convaincre le public et non le tribunal. Même le président du tribunal en a fait mention par moment.

« On résiste de se présenter à la justice, on lance ses lieutenants pour inutiliser les procédures judiciaires au nom d’un prétendu complot politique, on rejette tout en bloc et quand on se retrouve contre mur, le président de la République qui était présenté comme l’auteur du complot devient un refuge et on se dit homme d’État« , ironise Robert Calida, enseignant au Lycée Kabambare.

Pièces contre pièces

Vital Kamerhe exigeait pièces contre pièces, des preuves irréfutables de détournement dont il est accusé. Mais pour le Ministère public et la partie civile, il s’agit d’un détournement criminel opéré sous forme de toile d’araignée, laquelle s’apparente à un orchestre avec plusieurs acteurs, chacun ayant un rôle spécifique.

Après plaidoiries, la partie civile a recommandé une peine maximale pour les prévenus, alors que dans son réquisitoire, le Ministère public exige 20 ans de prison avec travaux forcés pour les prévenus Kamerhe et Jammal, avec saisie des biens immobiliers dont question au procès, la non éligibilité aux élections à tous les niveaux de Kamerhe, mais aussi des amandes de 100 millions de USD. Le procureur général de la République a préconisé l’expulsion définitive du sol congolais du Libanais et commerçant Jammal.

Du début du procès jusqu’aux plaidoiries, en attendant le verdict, les téléspectateurs affirment n’avoir pas eu accès à la vérité tant chantée à cor et à cri. Chacun s’est fait une idée sur les responsabilités de chaque prévenu, mais beaucoup sont restés sur leur soif de connaitre la vérité. Un prêtre catholique qui suivait tout le procès, affirmait en poussant un ouf de soulagement à la clôture des plaidoiries : »La boite de Pandore s’endort « . Oui, elle s’endort comme une épée dans son fourreau.

Bajika Édouard