RDC : Palais du peuple ou des députés ?

RDC : Palais du peuple ou des députés ?

26 juin 2020 0 Par Rédaction

Les propositions de lois sur la réforme de l’appareil judiciaire, proposées par les députés du Front commun pour le Congo (FCC), font jaser à Kinshasa et à l’intérieur de la RD Congo.

Les tensions montent au sein de la classe politique et de la population. En témoignent, les réactions spontanées des partis et regroupements politiques de tous bords. Mais, il y a surtout ces manifestations du souverain primaire, la « véritable majorité populaire ».

L’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) a jeté en pâture son estime envers son allié. Le parti présidentiel menace de mobiliser la rue pour des actions de large envergure.

Les leaders de Lamuka aussi n’ont pas donné leur langue au chat. Ils protestent contre une telle initiative qu’ils jugent « inopportune » et ils mettent en garde le Parlement.

Il en est de même de l’Envol, le parti de Sessanga, de la société civile dans toute sa diversité.

Personne ne soutient ces propositions du FCC. Jusqu’à ce jour, aucune autre formation, en dehors de celles du FCC, n’a encouragé cette réforme initiée par Aubin Minaku et Garry Sakata.

Cependant, il y a ce peuple en furie qui regrette déjà ses choix sur certains de ses représentants à l’hémicycle. Des milliers de jeunes ont manifesté leur mécontentement deux jours durant aux alentours du Palais du peuple.

Le même mouvement s’est observé à Lubumbashi (Haut-Katanga) et à Mbuji-Mayi. Les manifestants ne réclament qu’une chose :  » Le retrait des propositions de loi « , qu’ils estiment élaborées pour caporaliser la justice qui, pourtant, a commencé à matraquer les détourneurs criminels et intellectuels.

 » Ce mouvement de contestation n’est pas un feu de paille, il faut le prendre très au sérieux « , avertit Ariel Boboy, licencié en Relations internationales de l’Université de Kinshasa.

Faux

Pour les caciques de cette plateforme, personne ne peut manifester devant le Parlement ni empêcher les députés nationaux de siéger valablement.

Un Kabiliste a déclaré sur une Radio locale qu’en démocratie, un député peut faire ce que bon lui semble. Le FCC va jusqu’à proposer la cohabitation en lieu et place de coalition.

« Encore, faut-il répartir de la case de départ, la nomination d’un informateur« , rappelle un proche du Chef de l’État.

Mais, pour plusieurs analystes,  » dans un besoin ou un péril extrême, on peut se soustraire à toutes les obligations conventionnelles « .

 » Si vous confectionnez des lois contre ceux qui vous ont mandatés, ces derniers ont l’obligation de vous retirer leur confiance« , estime Me Kalonda, avocat au Barreau de Bukavu.

De l’avis des observateurs, le peuple refuse ce que mijotent ses envoyés qui se comportent désormais en électrons libres.

« Le siège du Parlement s’appelle Palais du peuple, représenté par ses mandataires. Les mandants peuvent contester les mandataires en cas de dérapage« , soutient Romain Ngoie, évangéliste d’une église de réveil.

 » C’est le Palais du peuple » et non « Palais des députés « , scandaient les manifestants.

 » Nous n’avons pas voté pour vous pour nous faire souffrir en vous laissant nous embarquer comme des moutons de Panurge par une formation politique. Sachez que vous aurez à rendre compte tôt ou tard. 2023 c’est déjà demain« , criaient, de fureur, deux jeunes grippés par des gaz lacrymogènes devant le Palais du peuple, dans la commune de Lingwala.

À ceux qui contestent les actions des rues de l’UDPS, pourtant au pouvoir, un cadre du parti présidentiel rétorque :  » Je vous envoie à l’ANC de Nelson Mandela en Afrique du Sud qui a continué à manifester, jusqu’à débouter ses propres dirigeants qui s’écartaient de l’idéal ». Et d’ajouter : « Ce n’est pas parce qu’on est au pouvoir qu’on va avaliser des niaiseries ».

L’appel est donc lancé aux initiateurs de ces propositions de les mettre en veilleuse pour éviter de courroucer le peuple, propriétaire du  » Palais du peuple « .

Bajika Édouard