RDC: l’église toujours au milieu du village ?

RDC: l’église toujours au milieu du village ?

20 juillet 2020 0 Par Rédaction

Un dicton populaire revient constamment en chœur : « L’église est au milieu du village », comme pour souligner son caractère impartial et incolore. L’esprit et la lettre de cette affirmation déduisent que l’église ne dit que la vérité, même si celle-ci fait mal. Un pasteur de Kinshasa avait affirmé un jour dans son sermon dominical que « l’église est du côté du peuple « .

Cette réalité se révèle face à l’attitude des hommes de Dieu envers les politiques, surtout. Quand un pouvoir est vomi, l’église se range du côté du peuple. C’est pour cela que certains leaders estiment que l’église est du côté de la vérité. Oui, parce qu’elle défend les intérêts de la population. Mais elle est aussi appelée à collaborer avec le pouvoir établi, lorsque celui-ci lutte pour le bien de tous.

 » Lorsqu’une déclaration du berger contre le pouvoir établi est contestée par les brebis, l’église n’est plus encore au milieu du village. Même pas au début « , affirmait le pasteur Denis Lessy sur un plateau de télévision de Kinshasa.

Le prophète Jérémie était toujours en contradiction avec le roi, parce que ce dernier n’était en odeur de sainteté, ni avec le créateur, ni avec la population. Il avait ainsi secoué le pouvoir en son temps, à ses risques et périls.

Le cardinal Joseph Malula avait aussi combattu la chosification des êtres humains créés à l’image de Dieu. Il avait lutté pour une cause juste. Celui-ci lui valût l’exil.

Quand le pasteur parle, c’est pour sortir des oracles. Il peut, par le pouvoir lui conféré, maudire et bénir, dénoncer et réprimander, blesser et guérir. Tout ceci dans l’intérêt du peuple, et non du sien.

Le déclic

Les derniers événements survenus ces derniers temps en République démocratique du Congo (RDC), remettent en cause l’impartialité de l’église au Congo-Kinshasa. L’église du Congo est actuellement saucissonnée et charcutée à cause des intérêts des ses leaders.

La désignation de Ronsard Malonda comme président de la CENI en est le déclic et a révélé les velléités des dirigeants religieux. Les conducteurs des brebis ont montré qu’ils sont des autorités morales des partis et regroupements politiques. Et le peuple ?

Les lampes allumées, ces hommes choisis pour montrer au peuple de Dieu le chemin du salut, se sont comportés comme des citoyens lambdas. Les confessions religieuses sont divisées. L’églises catholique et celle du Christ au Congo (ECC) parlent un langage contraire à celui de six autres confessions.

La question de la désignation du président de la CENI a montré que les hommes de Dieu ont des couleurs politiques, ont des penchants. Plusieurs Congolais pensent que l’église catholique est du côté de la plateforme Lamuka et Fridolin Ambongo en est l’autorité morale. « Tous ses faits et gestes sont en faveur des leaders de Lamuka« , révèle un internaute.

Cependant, les églises de réveil soutiennent le Front commun pour le Congo (FCC). Les révélations du pasteur Denis Lessy quant à ce, n’ont jamais été contredites.

Le langage que parle Lamuka est repris fidèlement par le prélat catholique qui, malheureusement, a difficile à convaincre les fidèles catholiques qui, pour la plupart, croient au changement avec le nouveau pouvoir.

 » Ambongo engage certes l’église de Kinshasa, mais ses positions contre le pouvoir de Tshisekedi divisent « , martèle un catéchumène de Notre Dame du Congo de Lingwala.

Des catholiques interrogés à propos de la déclaration de leur Cardinal, le 30 juin 2020, estiment que ce dernier a parlé comme « père spirituel de Lamuka » et non comme père de l’église.

« Quand les propos d’un serviteur de Dieu sont contestés par la majorité populaire, il doit se remettre en cause« , conseille un prêtre du diocèse de Luiza.

Les églises de réveil représentées par le pasteur Sony Kafuta sont montées au créneau. Sony Kafuta avait même parlé d’une croisade, avant d’inviter le prélat catholique à dire la vérité au peuple de Dieu qu’il conduit. Il y a eu passe d’armes au sein des confessions religieuses.

Et le peuple qui observe tout ceci n’est pas dupe. Il est mature et sait se positionner face aux conflits interreligieux dictés par des intérêts des pasteurs.

Ce peuple, une majorité silencieuse était dans la rue, le 09 et 14 juillet aux côtés de politiques, mais absent dimanche 19 juillet à côté de l’église. Voilà signal fort qui certifie que l’église n’est pas du côté du peuple, ni au milieu du village, mais derrière les politiciens.

Par Bajika Ndeba