Quand reprise des cours rime avec reprise de « connexion wifi »

Quand reprise des cours rime avec reprise de « connexion wifi »

19 août 2020 0 Par Rédaction

Les 4 mois de confinement étaient plus qu’une corvée pour les étudiants, particulièrement les étudiantes, qui étaient privées de tous les « moyens de ravitaillement », mais surtout pour ces hommes dont le métier est de rôder autour des établissements d’enseignement supérieur. Objectif : trouver une fille ou des filles pour une « aventure ». Dans celle-ci, le plaisir est souvent partagé entre le conquérant et la conquise. Tous, retrouvent le bonheur d’antan à la reprise des cours, depuis le lundi 10 août.

« Wifi », vous pensez certainement à cette connexion Internet qui peut desservir plusieurs machines à la fois. Le mot a sa connotation à Kinshasa. Il rime avec « oui fille » ou « huit filles », c’est selon. Le mot a son sens, dans la « kinoiserie », (code langagier et même mode de vie des Kinois de souche), dans les méandres du plus vieux métier du monde : la prostitution. Là, le concept convient aux filles « prêtes à aller avec n’importe qui », c’est-à-dire, les filles qui disent oui à n’importe quelle connexion sans demander un code de sécurité.

Les « wifi » sont à retrouver partout à Kinshasa, mais surtout dans les universités. Elles desservent plusieurs coins de la ville. Tout autour des établissements d’enseignement supérieur, surtout ceux du centre-ville, pullulent les restaurants de fortune ; les bars et terrasses. C’est là les « zones wifi », lieux de rencontre entre ces « wifi » et « les rabatteurs ».

Autour d’un verre servi (généralement un sucré pour les filles et une bière pour les hommes), ils partagent de meilleurs moments. C’est un rendez-vous du donner et du recevoir. Les « wifi » ont des besoins que seuls les « rabatteurs peuvent combler ». Ces besoins portent le plus souvent sur leur apparence. Ces « filles à la page » ont besoin des téléphones dernier cri ; « cabelos », ces cheveux artificiels qui coûtent cher ; des habits diversifiés pour répondre à n’importe quelle invitation.

Dans l’enceinte de l’Institut Supérieur du Commerce (ISC), sur l’avenue ex-24 novembre, il y a deux restaurants qui font parler d’eux. (Nous taisons le nom pour des raisons de publicité) : un pour Monsieur tout le monde et un autre pour le VIP. Ils ont toujours offert un beau spectacle romantique tous les jours, pendant que dans les auditoires, les cours se donnent.
A chacun sa « zone wifi »

Autour du terrain de basketball, où sont installées les chaises, c’est l’ambiance des tourtereaux. Les « rabatteurs » viennent de partout. Pour la plupart, ce sont les hommes mariés, véhiculés, qui sont la proie des « wifi ». Raison : ce sont les meilleurs offrants en termes d’argent. Ce, contrairement à leurs collègues de classe ou les garçons de même âge qu’elles, qui sont encore préoccupés par les études. De tels « rabatteurs » sont aussi préférés du fait qu’ils ne donnent pas toute leur énergie dans l’acte sexuel par peur d’avoir des problèmes à la maison avec leurs épouses légitimes.

L’Université Protestante du Congo (UPC), l’ISIPA, l’ISP et IFASIC ont, chacun, une « zone wifi ». C’est le lieu où viennent « les rabatteurs » se « connecter » facilement et gratuitement. Sur l’école de journalisme de l’avenue Colonel Ebeya, les « zones wifi » sont par exemple « Appelle-moi, Pokémon, Ngwasuma », ces bars et boîtes de nuit qui œuvrent même en plein jour.

A la reprise des cours, c’est un ouf de soulagement poussé par plusieurs étudiantes qui ont renoué de plus belle avec l’activité qui leur permet d’être toujours à la page. Les cours ne sont pas leurs préoccupations premières. Pendant que les enseignants s’époumonent dans les vastes auditoires, elles sont à la recherche des moyens qui vont leur permettre de « brancher » (entendez la pratique de corruption des enseignants pour passer des classes). Elles ont pour devise : « balongaka kaka » (on réussit toujours).

Quelle que soient les circonstances, elles vont se retrouver dans une classe supérieure. « Elles ont tous les moyens. Si ce n’est pas par l’argent, elles vont réussir à la sueur de leurs cuisses », tempête sans gêne un jeune étudiant qui dit avoir marre de les voir facilement réussir alors que ceux qui se donnent à 100% subissent la rigueur des professeurs.

Le confinement est passé. Place à la reprise de vieilles habitudes. Les « zones wifi » refusent du monde et le plaisir s’y partage comme au beau plus vieux temps.

Par R.K.