Libération Mukuna : un verdict dicté par le « procès des noms »

Libération Mukuna : un verdict dicté par le « procès des noms »

26 août 2020 0 Par Rédaction

Il y avait Tshibola et Mukuna devant le juge. Deux noms luba qui ont une signification pour les spécialistes de l’onomastique. De leur analyse, la libération de Mukuna est le destin, connu dès le départ du procès, « d’une pourriture » qui voulait écrouler « une montagne ».

L’acquittement et la libération de la prison de l’évêque Pascal Mukuna est-il un coup fatal pour le FCC ? Cette sortie triomphale de Mukuna qui fait mal au FCC ? Les proches du pasteur libéré croient comme fer que derrière l’accusatrice perdante, Mamie Tshibola, il y a certains cadres du Front Commun pour le Congo (FCC) qui ont cherché à faire taire un Mukuna dénonciateur avec son mouvement citoyen, Eveil Patriotique.

A la sortie de la prison, les chants entendus çà et là sont des pamphlets à l’endroit de la plateforme du sénateur à vie Joseph Kabila. Les fouineurs d’informations avaient déjà révélé des connexions entre l’accusatrice et certains membres du PPRD. Ce qui a conduit à la dénonciation d’un procès politique contre Mukuna. « Le verdict rendu est une double victoire d’abord sur « la marionnette Tshibola » et puis sur la superstructure maffieuse, le FCC », a lancé un partisan de l’Eveil Patriotique.

Selon lui, l’évêque Mukuna ne va plus se taire. « C’est l’occasion pour lui d’être fort dans le combat qu’il a enclenché contre les criminels économiques qui ont détruit ce pays durant les 18 dernières années », a-t-il tancé. Un de ses avocats-conseil, Jean Claude Katende, du mouvement Éveil patriotique, a souligné que la victoire du leader de leur structure est une victoire pour tous les Congolais qui veulent que le pays avance. «La libération de l’évêque Mukuna n’est pas une victoire de l’Eveil patriotique sur ceux qui n’avaient pas compris le sens de son combat. C’est une victoire qui appartient à tous ceux qui veulent que le Congo avance. La joie qui sort de partout au Congo est un signe », a-t-il incité à voir.

Un ravitaillement

Ce qui est évident est que Mukuna est sorti de la prison en héros. Plusieurs milliers de personnes étaient à Makala pour amener leur chouchou à son domicile. Une sortie de prison triomphale, portée par une foule qui a directement effacé « les péchés graves du pasteur Mukuna », mis sur la place publique par cette accusatrice. Tout s’est passé comme si cette foule, très accueillante, était le fils de Dieu, qui a dit à la femme pécheresse « va et ne pèche plus ».

En lieu et place de l’opprobre et déshonneur, le pasteur quitte la prison en homme ragaillardi, prêt à poursuivre le combat qu’il a enclenché à travers son mouvement citoyen Eveil Patriotique. L’analyse du verdict du procès renseigne que l’accusé a triomphé non sur Mamie Tshibola, l’accusatrice, mais sur la main noire derrière elle. Si cette main noire est le FCC, il y a lieu de sentir ce nouveau souffle, les Kinois parleront du gaz, de l’Eveil Patriotique.

Mukuna est libéré comme un pneu, bien rempli d’air pour supporter n’importe quelle charge du véhicule. La faute à ceux qui ont voulu lui faire du mal ? Les Français disent à quelque chose, le malheur est bon. La prison de Mukuna, une souffrance donc, s’est transformée en un lanceur. Ce n’est pas le pasteur, le libéré, qui manquera des mots bibliques pour expliquer sa situation. « Vous m’avez voulu du mal, mais Dieu l’a transformé en bien », peut-il esquisser un sourire à l’endroit de ses détracteurs.

Un procès des noms

Désormais, Mukuna n’a rien à craindre. Il sait ce à quoi il fait face et tout ce qui peut arriver sur son parcours de combattant patriote. L’accueil qui l’a eu à la sortie de la prison et le fait de voir l’opinion minimiser les faits portés contre lui, lui donnent encore d’énergie pour poursuivre le combat. Va-t-il ester en justice contre Tshibola pour réparation du dommage subi ? C’est à lui de décider. « Ce sera une perte de temps inutile et bête. Il faut qu’il se batte pour déboulonner le système qui a utilisé une innocente jeune dame », a conseillé un de ses partisans.

Le Procès entre Mamie Tshibola et Pascal Mukuna était-il scellé dès son ouverture ? « Au bout de la guerre judiciaire, il s’est avéré qu’il a été difficile pour « la pourriture » de grimper « la montagne ». C’était évident », amuse un fidèle, d’origine luba, de l’église Assemblée Chrétienne de Kinshasa (ACK). Il est en fait en train d’ironiser, sur le sort du procès, en évoquant l’onomastique des noms de l’accusé et l’accusatrice. « Tshibola » signifie, en tshiluba, à moindre détour de la prononciation, « ce qui est pourri ou pourriture», tandis que « Mukuna » renvoie à « montagne ».

Loin pour ce proche de Mukuna d’insulter, il estime que Mamie Tshibola n’est que l’image du système, FCC, de tous les sales coups. Il considère son pasteur comme un Joseph, légende biblique, envoyé en prison et y est sorti Premier ministre. « Ce n’est pas l’idéal pour Mukuna, il veut que ce système maffieux, malhonnête puisse se dissoudre et libérer le bonheur des Congolais », a-t-il justifié.

Dans cette optique, « la pourriture » est à jeter dans les oubliettes, « la montagne » s’imposera toujours à la vue de tous. L’opinion oubliera si vite une certaine Mamie Tshibola, devenue en un clin d’œil une star de la télé, au profit d’un Mukuna, qui sera et restera encore dans les mémoires avec son combat contre le baobab Kabila ? Est-ce cela le destin de ce procès qui a commencé comme un jeu ? « Wait and see », disent les Anglais.

Par R.K.