RDC : les maisons carcérales, des « mouroir » potentiels pour les détenus

RDC : les maisons carcérales, des « mouroir » potentiels pour les détenus

28 août 2020 0 Par Rédaction

Dans son rapport de jeudi 27 août 2020, parvenu à la Rédaction de Médi@Plus, l’ONG « Enfant-avenir » se dit préoccupée par les conditions inhumaines de détention, à la prison centrale de Luiza. En dépit de plusieurs alertes et appels des ONGDH, nationales et internationales, ces conditions restent curieusement les mêmes, voire pire, dans la quasi-totalité des prisons et autres cachots de la République démocratique du Congo (RDC).

D’après le coordonnateur provincial de l’Ong « Enfant-avenir », Pierre Bibombe, la vie que mènent les prisonniers dans cette maison carcérale, n’est pas adéquate. « Ces prisonniers n’ont pas accès au soins de santé, à l’eau moins encore, à la nourriture« , a affirmé Pierre Bibombe. Ainsi, alerte-t-il, que dans ces conditions, les prisonniers risquent de mourir avant même l’expiration de leurs peines.

« Si rien n’est envisageable en faveur de ces prisonniers dans les jours avenirs, la prison centrale de Luiza enregistrera les décès des prisonniers par manques de nourritures et soins de santé appropriés« , peut-on lire dans ce rapport.

Nonobstant les conditions inhumaines de détention des prisonniers dans ce territoire, l’ONG « Enfants-avenir » dénonce aussi les cas de tortures dont sont victimes les prisonniers de Luiza, de la part des agents de la Police commis à leur garde.

Un prisonnier serait dans un état très critique après avoir été torturé, le 24 août dernier. Il a été pris en charge par le Haut Commissariat de Nations-Unies pour les réfugiés (UNHCR) sur place et admis dans une structure sanitaire locale pour des soins appropriés.

La situation est la même!

Il sied de souligner que la situation décriée à la prison centrale de Luiza est curieusement la même avec celle qui est dénoncée dans quasiment toutes les maisons carcérales de la République démocratique du Congo (RDC).

Plusieurs rapports des Ongdh et agences du Système des Nations Unies ont alerté maintes fois sur les conditions de détention infrahumaines auxquelles sont soumis les prisonniers et autres détenus.

Un premier « Rapport sur la détention dans les prisons et cachots de la RDC », publié par
la Section Droits de l’Homme de la MONUC (Mission des Nations Unies au Congo) en avril 2004, établissait un diagnostic très alarmant quant au non respect des normes, nationales et internationales, concernant les conditions de détention des personnes incarcérées. Les nombreux décès provoqués par la famine régnant dans certains de ces lieux de détention ont conduit, en décembre 2005, à la publication d’un « Rapport spécial sur la malnutrition dans les prisons » qui tirait la sonnette d’alarme et recommandait que des mesures d’urgence soient prises par les autorités congolaises.

« Mouroirs »

À ce jour, il faut malheureusement constater que les conditions de détention dans les prisons congolaises restent inacceptables.

« Les déficiences graves dans l’alimentation, l’hygiène, les soins de santé continuent à
transformer certaines prisons en de véritables
mouroirs », pouvait-on lire dans ce « Rapport spécial sur la malnutrition dans les prisons » de la RDC, publié en 2005 par la MONUC.

Ce rapport estimait qu’ «il n’est toujours pas exagéré d’affirmer que, en certains endroits, être condamné par un tribunal, parfois pour des faits bénins, à quelques mois ou années d’emprisonnement équivaut en fait à une condamnation à mort, tant les risques de
mourir de faim en prison restent
élevés ».

De toutes parts, il a été signalé que la santé des détenus reste déplorable. Tout comme
pour l’alimentation, l’Etat n’offre plus de soins médicaux. Si les infirmiers et les médecins de l’Etat sont parfois encore en place, ils manquent néanmoins de médicaments. « La majorité des détenus est en mauvaise santé et les maladies frappant des organismes affaiblis par la malnutrition
font des ravages mortels
« , soutient le rapport.

Par ailleurs, la surpopulation est la règle dans de nombreuses prisons, et est due, en grande partie, à la capacité d’accueil très limitée des établissements pénitentiaires dont un très grand nombre est tombé en ruine et ne peuvent plus utiliser qu’une partie de leurs infrastructures. La promiscuité qui découle du manque d’espace a aussi des implications sérieuses sur l’hygiène et l’état de santé des détenus. Les conditions hygiéniques minimales font particulièrement défaut dans la plupart des prisons de RDC visitées.

Faute de locaux disponibles, la séparation des diverses catégories de détenus entre adultes et mineurs, condamnés et prévenus, hommes et femmes n’est pas respectée de manière rigoureuse.

La plupart des contrôles prévus par la loi pour inspecter les conditions de détention ne
fonctionnent pas et ceux pour vérifier la légalité de l’arrestation et de la détention sont loin d’être partout pratiqués régulièrement par les magistrats habilités.

Recommandations

Ce rapport formule des recommandations aux autorités congolaises, visant à améliorer les conditions de détention et à mieux respecter les Règles minima sur le traitement des détenus, notamment :

-Prendre d’urgence les mesures nécessaires afin de remédier à la situation de malnutrition dans les prisons ce qui implique prioritairement l’allocation et la gestion adéquate des fonds prévus pour la nourriture des prisonniers aux établissements pénitentiaires;

– Remettre sur pied dans les prisons des activités d’élevage, de production agricole et maraîchère visant à augmenter l’autosuffisance alimentaire notamment par la mise en place de projets à caractère durable (fermes pénitentiaires);

-Diminuer la surpopulation des prisons – et donc le nombre de détenus à nourrir – par diverses mesures comme la diminution de la mise en détention préventive et de sa durée ainsi que le recours intensif à la procédure de libération conditionnelle.

D’autres recommandations visent à réhabiliter les infrastructures pénitentiaire et préconisent, entre autres: la construction ou la réhabilitation, après un audit de l‘état des infrastructures et une évaluation des besoins, certaines prisons centrales et de districts; la réhabilitation d’une prison militaire à Kinshasa et une en province, permettant ainsi de diminuer la surpopulation de nombreuses prisons et de séparer détenus civils et militaires.

Cependant, il est regrettable de constater qu’à ce jour, au-delà de l’État de droit vanté partout, les droits des prisonniers sont encore loin d’être respectés en RDC.

Au lieu d’être des véritables cadres de rééducation, les maisons carcérales en République démocratique du Congo restent des mouroirs potentiels pour les prisonniers et autres détenus.

Le peuple congolais et des Organisations de défense des droits de l’Homme attendent voir des progrès signitifs de la part du nouveau régime de Kinshasa, en ce qui concerne notamment, le respect de droit des personnes détenues et, par ricochet, leurs conditions de vie.

Par Stanislas Ntambwe & Fabrice Kabamba