Grand-Katanga : la grosse épine dans le pied de l’unité de la RDC

Grand-Katanga : la grosse épine dans le pied de l’unité de la RDC

26 septembre 2020 0 Par Rédaction

Les balles ont encore parlé, aux petites heures de ce samedi 26 septembre 2020, dans la ville de Lubumbashi, chef-lieu de la province du Haut-Katanga, issue du démembrement de l’ex-Katanga.

Les miliciens Maï-Maï de Gédéon Kyungu ont fait incursion sur la ville de Lubumbashi avec la visée, selon le ministre provincial de l’intérieur, de « prendre le contrôle de la RTNC et de hisser leur drapeau sur la place Tshombe« , au centre-ville de Lubumbashi. Le bilan provisoire fait état des 19 morts : 16 miliciens du Mouvement indépendantiste révolutionnaire africain (MIRA) et 3 éléments des forces de sécurité, dont deux policiers décapités et un militaire FARDC tué par balle.

« Estimés à plus où moins 200 personnes, avec des armes AK47 calibre 12, des machettes, flèches et autres armes blanches, ils ont été empêchés par les forces de l’ordre d’accéder au gouvernorat de province, ces hors la loi vont prendre la place Moïse Tshombe qu’ils vont investir vers une heure du matin… Le bilan provisoire se présente comme suit : du côté des assaillants, 16 neutralités, 13 capturés, plusieurs blessés, 7 armes récupérées et plusieurs machettes, des effigies de Gédéon Kyungu et un drapeau de MIRA. Du côté amis, 3 morts dont deux policiers décapités et un élément Fardc tué par balle, 7 blessés, deux véhicules touchés par balle et 3 armes emportées« , a indiqué Fulbert Kunda, ministre provincial de l’intérieur du Haut-Katanga.

Des signes qui ne trompent pas

Même si le ministre rassure la population que la situation est sous contrôle, il y a lieu d’analyser cette énième incursion des Bakata Katanga dans la région. En plein confinement, ils ont été encore sur la sellette provoquant même la fuite de leur leader, Gédéon Kyungu, très recherché par les forces de sécurité. A l’époque, plusieurs voix se sont levées, surtout du côté du Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila, pour condamner la traque de ce fugitif qualifié « de digne fils du pays ». A la manoeuvre, tous les acteurs politiques ressortissants de cet espace régional ont condamné l’opération.

L’incursion de samedi intervient après le discours, condamné et qualifié de xénophobe ou de tribal, tenu par l’ancien ministre de la Santé, cadre du FCC, Félix Kabange Numbi. Dans une vidéo qui a fait le tour de la toile, ce ressortissant du Katanga n’est pas allé par le dos de la cuillère. « Le Grand-Katanga est de Joseph Kabila. Nous ne permettrons plus que quelqu’un d’autre vienne ici (au Katanga) pour tenir un quelconque discours« , a-t-l déclaré devant la presse locale dans cette vidéo où le gouverneur Jacques Kyabula se tenait à côté de ce cadre « extrémiste » du FCC.

A côté du discours de Félix Kabange Numbi, il y a l’épineux problème du repli du Général John Numbi, depuis sa mise à l’écart de la direction des Forces armées de la RD Congo (FARDC). L’arrestation de son proche collaborateur, Christian Kenge, élément moteur de l’assassinat de Floribert Chebeya, n’a fait qu’énerver les ressortissants du Grand-Katanga qui, depuis l’avènement du nouveau pouvoir, multiplient réunions et regroupements des notables. Pour quel objectif? Les observateurs avertis scrutent les relents fédéralistes si pas indépendantistes.

Même le fameux message de réconciliation des « dignes fils du Katanga », cher à l’ancien gouverneur Kazembe, tape les nerfs de la cohésion nationale autour du pouvoir central qui a échappé aux mains de ces Katangais, qui ont occupé tous les grands postes dans les 18 dernières années de règne de Joseph Kabila. Oui, tous les grands postes. Il y avait Kalev Mutond à l’ANR, Jean-Claude Masangu, puis Deogracias Mutombo à la Banque Centrale, Richard Muyej et Henry Mova au ministère de l’intérieur, Henry Yav Mulang aux Finances, Chikez Djemu ou Ngoy Mukena à la Défense, John Numbi à l’armée, Katumba Mwanke auprès du chef de l’Etat…

Menace à la sécurité et la cohésion nationale

Depuis le changement du régime, il y a un message illicite, que seuls les initiés peuvent détecter. Ces ressortissants du Katanga veulent faire croire que les provinces du Sud de la RDC ne sont plus avec l’actuel président de la République, Félix Tshisekedi. D’où les différentes tentatives des visées séparatistes. Le Katanga veut-il jouer son rôle de toujours? L’histoire de la mise en mal de la cohésion nationale congolaise a ses racines dans cette ex-province. Même les Belges ont fini par révéler le rôle que les Katangaias ont joué dans la mort de Patrice Emery Lumumba.

Aujourd’hui, ils sont nombreux à former un front commun derrière un de leurs, pointé dans telle ou telle autre affaire. Ils ont soutenu Albert Yuma, alors que l’odeur de plusieurs millions de dollars détournés ne le quitte pas. Ils ont protégé Gédéon Kyungu, jusqu’à faciliter sa fuite, alors qu’ils ont été les premiers à s’attaquer à la fameuse milice de Kingabwa, attribuée à l’UDPS. D’autres ont condamné l’arrestation de Christian Kenge, alors que le sang de Chebeya crie encore fort. Que dire de Deogracias Mutombo cité dans certaines affaires de disparition des fonds de l’Etat.

Tous ces faits révèlent une menace contre la paix, la sécurité et la cohésion nationale. Les choses avancent comme si certaines stratégies sont montées pour faire du Grand-Katanga une poche de tension qui pourrait déstabiliser le pouvoir de l’enfant de Limite. Les sous-strategies allant dans ce sens sont nombreuses : montée de discours xénophobes, haineux et tribaux; entretien des milices au Haut-Katanga avec Gédéon Kyungu que Joseph Kabila avait d’ailleurs gracié, et le repli de John Numbi est toujours à craindre. Que dire de la stratégique province de Tanganyika sous contrôle de Zoé Kabila? Tout indique que le Grand-Katanga est une épine dans le pied de Tshisekedi. A lui et les forces de sécurité de bien gérer les choses.

Par R.K.