RDC : la vaccination contre la Covid-19 suscite des inquiétudes

RDC : la vaccination contre la Covid-19 suscite des inquiétudes

20 avril 2021 0 Par Rédaction

Le ministre congolais de la Santé publique, Eteni Longondo a donné, lundi 19 avril 2021, le go de la campagne de vaccination contre la Covid-19, en République démocratique du Congo (RDC). Au cours d’une cérémonie organisée aux cliniques universitaires de Kinshasa, le patron de la santé publique s’est fait vacciné en premier, une façon pour lui d’appeler la population à s’approprier le vaccin AstraZeneca, déjà très controversé. Entre-temps, les congolais sont partagés entre réticence et méfiance à l’encontre du vaccin AstraZeneca.

La RDC a reçu 1,7 millions de dose de vaccin AstraZeneca avec lequel les congolais seront désormais vaccinés. Initialement prévue pour le 15 mars dernier, la vaccination a été reportée « par mesure de précaution », après la suspension par d’autres pays de l’utilisation de ce vaccin controversé. Dans l’opinion, inquiétudes, méfiance et réticence gagnent du terrain. Jusqu’où ira-t-on avec la campagne d’un produit qui fait aussi peur aux potentiels consommateurs ?

Méfiance et réticence

Selon le Ministère de la Santé, la vaccination concerne en premier lieu le personnel de santé et les travailleurs sociaux (1% de la population), les personnes âgées de plus de 55 ans ; celles ayant des comorbidités, maladie rénale chronique, hypertension et diabète. Au moins 13% des Congolais souffrirent de ces pathologies qui sont souvent mal dépistées.

Toutefois, la vaccination pour l’instant ne concerne pas d’autres couches sociales. Déjà à l’annonce du lancement de cette campagne, des réactions interrogations ont alimenté les débats dans les réseaux sociaux et rues de la capitale Kinshasa, ville pilote ciblée pour la vaccination. Des interrogations viennent aussi du personnel soignant qui dit ne pas comprendre pourquoi la RDC n’a pas accès à d’autres vaccins que l’AstraZeneca.

A ce jour c’est la panique qui domine les esprits de congolais qui voient dans le chef de leurs dirigeants, une sorte de complicité de nature à les exterminer par le truchement de ce « vaccin fantôme ». Ils sont nombreux qui se déclarent non partants et déclinent l’offre du Ministère de la Santé. Sceptiques, méfiants et réticents, certains voudraient même voir le couple présidentiel ; le Premier ministre et toute son équipe ; tous les députés et sénateurs, … être en première ligne pour se faire vacciner. L’exemple du ministre de la Santé n’a pas suffi pour convaincre les « saint Thomas » qui considèrent Eteni Longondo comme « chantre » du vaccin AstraZeneca dont les effets secondaires rapportés n’inspirent pas confiance et sont au centre des débats dans plusieurs pays au monde.

Déficit de communication

Il faut reconnaitre que la méfiance à l’encontre du vaccin AstraZeneca est nourrie par un déficit communicationnel dans la sensibilisation de la population qui doit l’accepter et le consommer.

D’abord, une communication adaptée et permanente sur le choix du vaccin AstraZeneca et non d’autres, est très nécessaire pour vanter les bienfaits de ce vaccin, s’il y en a un. Deuxièmement, l’équipe de riposte et l’Autorité sanitaire devraient communiquer suffisamment et sincèrement sur ses effets secondaires. Enfin, la population a besoin de plus de garantie, en cas de dégâts, après avoir été vaccinée. La part de responsabilité de l’Etat dans ce qui adviendrait après la vaccination devrait être clairement définie et communiquée au public, avant de s’attendre à son consentement.

C’est depuis plus d’un an que l’épidémie a été détectée dans le pays et environ 29 000 personnes ont été testées positives au Covid-19, 745 en sont déjà décédées. Au regard de ces chiffres, il y a lieu de penser que la situation n’est aussi catastrophique qu’on nous la présente. A noter que des 29 000, plusieurs milliers de personnes testées positives sont déjà guéries. « Avec quoi les a-t-on guéri ? Pourquoi ne pas continuer avec le même traitement qui guéri ?», se demande-t-on dans l’opinion.

Il sied de rappeler qu’il existe déjà des produits contre la Covid-19 dont l’efficacité a été prouvée. Ces produits fabriqués par les congolais, ont été attestés par des institutions attitrées et jugés propres à la consommation. Mais, d’où vient ce vent de vaccination alors que nous vivons depuis des décennies sans vaccin contre le paludisme, le VIH-Sida, … ces maladies mortelles qui emportent des milliers de personnes chaque année en Afrique et, particulièrement en RDC ?

Le vaccin Astrazeneca a subi de nombreuses critiques et rebondissements à cause de la déclaration d’effets secondaires après le début de son utilisation dans l’arsenal vaccinal européen, notamment les cas de caillots sanguins pouvant entraîner une thrombose et des décès chez des personnes vaccinées.

Comme de nombreux pays, la France avait suspendu à partir du 15 mars l’utilisation du vaccin Astrazeneca suite aux premiers doutes concernant des cas de thrombose sur des personnes vaccinées. Après une éventuelle révision, le produit est désormais à nouveau autorisé, « par précaution, seulement aux personnes âgées de plus de 55 ans », les risques principaux ayant été constaté chez les patients en dessous de cette tranche d’âge.

La campagne de vaccination a, certes était lancée, reste à observer le nombre des candidats au vaccin et leur comportement après avoir été vaccinés, avant d’en dire davantage. Pour le moment, prudence oblige, l’heure est à la méfiance et à la retenue.

Par Stanislas NTAMBWE