Présumés détournements à la DGRK: l’APLC frappe, la DGRK réplique

Présumés détournements à la DGRK: l’APLC frappe, la DGRK réplique

22 novembre 2021 0 Par Rédaction

Avec l’affaire DGRK entre les mains du Parquet général, le  règne de l’impunité est révolu. L’Agence de prévention et de lutte contre la corruption (APLC) envoie un signal fort aux corrompus.

L’Agence de prévention et de lutte contre la corruption (APLC) a saisi, le vendredi 19 novembre 2021, le Parquet général de la République de Matete, suite aux indices sérieux de détournement de plusieurs millions de dollars américains à la Direction générale des recettes de Kinshasa (DGRK). Mais pour cette dernière, l’APLC n’a pas compétence d’enquêter à la DGRK. C’est une guerre tranchée entre les deux institutions.

Dans un communiqué signé par son coordonnateur, Thierry Mbulamoko, l’APLC rapporte qu’après 8 mois d’investigations menées au sein de la DGRK, ses services ont fait état « d’indices sérieux de détournements à hauteur de plusieurs millions de dollars à la DGRK ». Ce qui a poussé cette structure attachée à la Présidence de la République, à transmettre le dossier au Parquet général de la République à Matete. « L’APLC n’étant pas une instance judiciaire, laisse le soin aux services compétents de poursuivre la procédure », peut-on lire dans ce communiqué.

La réaction de la DGRK n’a pas tardé à venir. Le Directeur général de cette régie financière, Félicien Kuluta a, au cours d’une conférence de presse tenue, le samedi 20 novembre à Kinshasa, affirmé que l’APLC « n’a jamais fait les enquêtes à la DGRK ».

« Pour faire des enquêtes dans un monde civilisé et avec des structures responsables, on le fait officiellement avec un ordre de mission. L »APLC n’a jamais eu l’ordre de mission pour des enquêtes à la DGRK », a indiqué Félicien Kuluta. Avant d’ajouter que « c’est faux, elle n’a jamais fait les enquêtes à la DGRK, parce que les structures qui viennent faire des enquêtes ici, que ça soit l’IGF ou l’Assemblée provinciale, viennent avec les ordres de mission ».

Toutefois, le Dg de la DGRK reconnait que l’Inspection générale des finances (IGF) est en mission à la DGRK dont l’objet serait de « retracer le fameux détournement de 35 millions USD et aussi du prétendu vol du serveur de la DGRK », a déclaré Félicien Kuluta. D’après lui, « c’est l’IGF qui est l’organe compétent pour enquêter sur la gestion des finances publiques ».

Les textes parlent

Cependant, de l’avis de certains analystes, le fait de ne pas reconnaitre à l’APLC la compétence d’enquêter sur la DGRK, relève d’une interprétation erronée des textes et de la mauvaise compréhension de la mission reconnue à cette Agence.

L’article 3 de l’Ordonnance n° 20/013 bis du 17 mars 2020 portant  création, organisation et fonctionnement de l’Agence de prévention et de lutte contre la corruption (APLC) stipule que, « Dans l’accomplissement de sa mission, l’Agence dispose de l’indépendance nécessaire pour lui permettre d’exercer  efficacement  ses  fonctions à l’abri de toute influence indue. Elle a donc le pouvoir de se saisir d’office de tout acte ou fait de corruption ou de faits y assimilés dont elle a connaissance ».

Et l’article 2 de cette ordonnance précise que, l’une des missions principales de ce service spécialisé de la Présidence de la république, est de « mener toutes études et diligenter des enquêtes nécessaires ; de provoquer des poursuites pour faire sanctionner toutes personnes ou tous groupes de personnes, organisations, organismes, entreprises ou autres services impliqués dans les actes de corruption, de blanchiment des capitaux et de faits assimilés dans les conditions fixées par la réglementation en vigueur… »

L’APLC peut aussi recevoir les réclamations, plaintes et dénonciations de n’importe quelle personne physique ou morale. Pour ce faire, elle peut requérir l’assistance de toute personne, tout organisme ou service public, toute autorité, notamment judiciaire, dont l’expertise est susceptible de faciliter sa mission, en particulier celle de détections et d’investigations des entreprises de corruption et faits assimilés ou d’y mettre un terme.

A la lumière de ce qui précède, on note que l’APLC n’a pas besoin d’une quelconque autorisation pour ouvrir un dossier ou pour enquêter. Au contraire, elle « dispose de l’indépendance nécessaire pour lui permettre d’accomplir efficacement ses fonctions à l’abri de toute influence indue ».

Par ailleurs, la corruption, le blanchiment des capitaux et les détournements des fonds publics, sont les maux qui rongent la société congolaise en générale et les institutions publiques en particulier, depuis plusieurs années. Longtemps critiquée pour son « inertie », l’APLC dans sa nouvelle configuration, est plus que déterminée à endiguer ces fléaux qui freinent le développement de la RDC. A la justice de faire son travail.

Par Stanislas NTAMBWE