Kasaï Central : ouverture d’un nouveau procès contre des auteurs présumés de crimes de guerre à Bana ba Ntumba

Kasaï Central : ouverture d’un nouveau procès contre des auteurs présumés de crimes de guerre à Bana ba Ntumba

13 avril 2022 0 Par Rédaction

Les 8 prévenus appartenant à une milice associée à l’insurrection Kamuina Nsapu ont été jugés au cours d’un procès Forain qui s’est ouvert, mardi 12 avril 2022 à Bana Ba Ntumba, un des villages du territoire de Dimbelenge, dans la province du Kasaï Central. Ils sont accusés de « crimes de guerre, pillages, destruction de biens publics et privés, meurtres et viols sur les civils », crimes commis contre les civils entre avril et mai 2017, dans plusieurs villages de Dimbelenge. Le verdict est attendu dans les deux prochaines semaines.

Les 8 prévenus ont répondu devant le Tribunal militaire de garnison de Kananga pour des crimes contre près de 250 victimes. Ce tribunal s’est déplacé en audience foraine à Bana Ba Ntumba, le lieu où les crimes ont été commis, afin de faciliter l’accès à la justice pour les victimes ainsi que la communauté locale.

Le procès s’ouvre un an après celui de mars 2021, dans lequel un commandant d’une autre milice locale proche de Kamuina Nsapu et un de ses bras droits ont été reconnus coupables et condamnés à la réclusion à perpétuité pour crimes de de guerre.

Un signal fort dans la lutte contre l’impunité

Pour TRIAL international, une organisation de défense des droits de l’homme impliquée dans l’instruction de cette affaire, « il s’agit d’un signal encourageant dans la lutte contre l’impunité des groupes armés en RDC ».

Le travail de TRIAL International sur ce dossier au Kasaï, il y a à peine deux ans, est mené au sein du Cadre de concertation de Kananga, un réseau informel d’acteurs internationaux et nationaux qui collaborent afin de soutenir le travail des juridictions congolaises dans l’enquête et la poursuite des crimes de masse en RDC.

C’est lors d’échanges avec les acteurs locaux que l’affaire avait été portée à l’attention de l’organisation. Fin 2020, TRIAL International a facilité une mission de documentation, pendant laquelle plus de 250 victimes ont été identifiées. Et au courant de l’année 2021, le procureur militaire a mené une enquête afin d’obtenir toutes les preuves nécessaires et récolter les témoignages des victimes de Bana Ba Ntumba. Cela a permis de clôturer l’enquête et d’organiser le procès qui s’est ouvert ce mardi 12 avril 2022.

TRIAL international a ainsi accompagné 4 avocats du Barreau de Kananga qui ont formé un collectif pour représenter les quelque 250 parties civiles, victimes des crimes de la milice.

Rendre justice aux victimes

La tenue de ce procès illustre que la lutte contre l’impunité se poursuit en République démocratique du Congo et que les efforts déployés par TRIAL International et ses partenaires congolais peuvent porter leurs fruits. Cette organisation de défense des droits de l’homme espère que d’autres dossiers portant sur les crimes commis par des éléments de l’armée congolaise pendant le conflit Kamuina Nsapu, en cours d’instruction auprès des autorités à Kananga et à Kinshasa, puissent bientôt aboutir à des procès tant attendus par les communautés au Kasaï.

« La route est encore longue, mais l’espoir pour les victimes de voir les responsables condamnés et que justice soit rendue, existe », croit Trial International, dans communiqué publié ce mardi 14 avril à Genève.

« Cette région et le village de Bana Ba Ntumba n’ont pas encore connu un procès sur les crimes commis durant cette période. Il s’agit donc d’une première pour rendre justice aux victimes qui restent sous la menace proche des auteurs« , a renchéri Maître Naomie Merveille Meta, l’une des avocates formées par TRIAL International et représentant les parties civiles au procès.

Rétrospective

Entre avril et mai 2017, plusieurs villages, dont celui de Bana Ba Ntumba, ont été attaqués par une milice liée à l’insurrection armée de Kamuina Nsapu. De nombreuses exactions ont été commises contre la population civile lors de ces attaques, en représailles à leur refus de collaborer avec ce groupe armé.

Considérée jusqu’alors comme une région de « non-droit », la région du Kasaï, située au sud de la RDC, est tristement célèbre pour le violent conflit qui a opposé de 2016 à 2019 l’insurrection armée de Kamuina Nsapu et les forces de sécurité étatiques. La population civile, menacées et prise pour cible par les factions armées, a subi des crimes de masse, dont la plupart sont encore impunis.

En mars 2017, le Kasaï a fait la une des médias avec l’enlèvement et l’assassinat de deux experts des Nations unies, l’Américain Michael Sharp et la Suédoise Zaida Catalan, ainsi que les quatre Congolais qui les accompagnaient. Le procès des personnes suspectées de ces assassinats s’est terminé en janvier 2022 avec un verdict qui semble avoir laissé beaucoup de questionnements sur les auteurs de ces crimes.

Par Stanislas NTAMBWE